La médicalisation

La médicalisation, ce n’est pas la même chose que la médicamentation.

La médicalisation, c’est le fait d’apposer un diagnostic sur quelque chose qui n’est pas médical : la souffrance, les étapes normales de la vie (adolescence, deuil, peine d’amour, etc.), les émotions, des caractéristiques personnelles (la timidité), etc.

En d’autres termes, c’est un «un processus par lequel des problèmes non médicaux se qualifient et se traitent comme des problèmes médicaux, en décontextualisant les situations et en détournant l’attention de l’environnement social vers les individus.*»

*Ichiro KAWACHI et Peter CONRAD (1996), cités dans MINTZES, Barbara (2002), dans COMMISSION DE L’ÉTHIQUE DE LA SCIENCE ET DE LA TECHNOLOGIE. Avis – Médicaments psychotropes et usages élargis : un regard critique, Québec, CEST, 2009, p. 24.


Effets de la médicalisation

La médicamentation

L’un des effets de la médicalisation, c’est la médicamentation. C’est que la plupart des jeunes qui reçoivent un diagnostic psychiatrique reçoivent un ou des médicaments psychotropes, alors que d'autres approches non-médicamenteuses pourraient être également efficaces.

On ignore les effets à long terme de ces psychotropes sur les jeunes cerveaux. 

En plus, on déplore que les jeunes soient peu informés de leurs droits par rapport à la médication.

Les jeunes reçoivent aussi trop peu d’informations sur les médicaments qu’ils prennent:

  • C’est quoi?
  • À quoi ça sert?
  • Pour combien de temps dois-je le prendre?
  • Pourquoi ce médicament au lieu d’un autre?
  • Pourquoi ce dosage?
  • Si je prends ce médicament, ai-je des tests à passer?
  • Est-ce qu’il y a des alternatives à ce médicament?
  • Quels sont les effets secondaires?



Le passage du «normal» au «médical»

L’un des effets de la médicalisation, c’est qu’il y a une baisse de tolérance envers les problèmes sociaux et la souffrance psychique. Le meilleur exemple est celui du deuil.

Depuis mai 2013, une personne en deuil peut recevoir un diagnostic de «dépression majeure» si ses symptômes persistent au-delà de 2 semaines! C’est écrit dans la dernière mise à jour du manuel des diagnostics et symptômes utilisé par les psychiatriques, le DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders).

La responsabilité individuelle

Autre impact de la médicalisation, c’est que la responsabilité est plutôt individuelle, non pas sociale. Si plusieurs situations, émotions, affections deviennent des maladies à traiter, il est plus facile de donner une médication que de chercher les causes psychosociales des problèmes de santé mentale.

Pour aller plus loin : AGIDD-SMQ, «La médicalisation et la médicamentation des difficultés de l’existence», Huffington Post, 10 octobre 2014.